Entreprendre au Costa Rica : L'école de la résilience 2017-2021
- capmedformation
- 3 juil.
- 3 min de lecture
Une immersion dans le quotidien : le laboratoire du réel
Réveil à 5h30, rythmé par le cri des singes hurleurs dans la jungle. La journée commence par la préparation des petits déjeuners de nos clients : tout est 100% maison et local. Confitures de fruits du jardin, café « chaussette », produits de la ferme voisine et pain frais du boulanger français du village. Pendant que Katia s'occupe de la salle, je m'assure de l'entretien de la piscine. À 8h30, après avoir partagé les bons plans de la région, direction le restaurant du village : un tour rapide en cuisine, puis je file voir mes pêcheurs sur la plage pour sélectionner la prise du jour — pargo, daurade coryphène, thon ou espadon.
Le travail de l'artisan commence alors. Je passe chez le maraîcher et chez le boucher, faisant parfois 100 km pour acheter directement sur la carcasse, car la découpe locale exige une intervention directe pour atteindre nos standards. Pendant tout ce temps, le menu du jour se compose dans ma tête : 3 entrées, 3 plats, 3 desserts. Colombo de poulet, tartare de thon aux épices douces, mangue et avocat, mille-feuille d’espadon, blanc-manger coco, burger de patacones et frites d'igname, glaces et sorbets maison... tout se met en place. Mise en place terminée à 12h, puis retour à l’hôtel pour les travaux, la sieste, et l’accueil des nouveaux clients. À 16h30, Katia et moi retournons au restaurant : elle gère la mise en place et les réservations, je supervise la cuisine. À 17h30, les premiers clients arrivent. Le service durera jusqu’à 21h30, suivi d’un repas partagé avec l’équipe avant le nettoyage final et un retour à la maison à 23h.
Apprendre à désapprendre : 4 ans au service de l'expertise
Après 20 ans de management en France, j'ai choisi de créer deux entreprises au Costa Rica pour apprendre à désapprendre. Cette expérience de 4 ans a radicalement transformé mon regard de formateur. L'expatriation entrepreneuriale n'est pas un long fleuve tranquille ; c'est un laboratoire grandeur nature qui a forgé la colonne vertébrale de Cap Méditerranée Formation.
Les défis du terrain : solidité et adaptabilité
Au-delà de la carte postale, le quotidien est un défi permanent. La semaine de travail d'un collaborateur "Tico" est intense, souvent calée sur 45 heures, dans un environnement où les chaînes d'approvisionnement sont imprévisibles. Travailler avec une clientèle internationale exige une réactivité sans faille face aux ruptures de stock. Ici, si une solution n'existe pas, il faut la créer immédiatement.
Pour tenir ce rythme, il faut une solidité absolue, tant mentale que familiale, car sans un entourage partageant cette intensité de vie, la charge de l'entrepreneur est insupportable.
Le choc des cultures de travail : quand le "Pura Vida" rencontre l'excellence
En arrivant avec mes exigences "MADE IN FRANCE", j'ai voulu appliquer mes méthodes frontalement. Je me suis heurté à deux murs culturels :
Le « oui » de politesse : La difficulté culturelle à dire « non » ou « je n'ai pas compris » pour ne pas déplaire, ce qui masque parfois de réelles lacunes techniques.
La gestion du temps : Le « Pura Vida » est une philosophie magnifique, mais le « Mañana » est un défi pour le gestionnaire français qui compte sur l'exécution immédiate.
Une nouvelle pédagogie : l'éducation par la preuve
J'ai dû inventer une pédagogie spécifique. L'injonction ne fonctionne pas ; seule l'éducation par la démonstration porte ses fruits :
La pédagogie du geste : Puisque le verbe est piégé par la politesse, je suis passé à la preuve par le geste.
La culture de l'anticipation : Pour contrer le report systématique, j'ai dû apprendre à fractionner les processus. Rendre l'action immédiate plus gratifiante que le report permet d'ancrer de nouvelles habitudes.
L'intégration du local : Plutôt que de combattre le « Pura Vida », je l'ai intégré comme un atout de bienveillance dans le service client, tout en structurant les organisations pour que le service reste irréprochable.

La formation, c'est l'art de transmettre l'exigence dans un monde qui préfère souvent la facilité. Après 4 ans de défis quotidiens, je sais exactement ce qu'il faut transmettre à mes clients : non seulement le savoir-faire technique, mais surtout cette capacité à rester debout, solide et lucide, quels que soient les aléas.




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